Château d'Igé

Marchons sur les traces de notre passé*

En compagnie de la comtesse Alix

L'histoire de notre château

 

Le château d'Igé puise ses origines aux XIIIème et XIVème siècles.

Saviez-vous que ce château a été un des hauts lieux du royaume de France ?

Nous vous proposons de voyager à l'époque d'une des femmes les plus charismatiques de son temps,à la période où le village d'Igé se nommait encore Igy...

 Nous sommes en plein cœur du Moyen-Âge (XIIIème siècle), la comtesse Alix, dernière comtesse de Mâcon et de Vienne, traverse le village d'Igy. Elle descend la rue principale et tourne à gauche pour longer l’église romane, qui laissera place, plusieurs siècles plus tard, à l'édification d'un monument  à la gloire des valeureux soldats morts au combat.

La calèche tourne à droite et avance face à la place forte d'Igy. En traversant cette allée, la comtesse est loin d'imaginer qu'un jour, la monarchie serait abolie et que cette rue aurait pour nom, la date du 26 juillet 1789.

Cette date commémore les événements consécutifs à la Révolution Française et à la prise de la Bastille, durant laquelle le château fut pillé et saccagé. De beaux arbres furent abattus, des granges détruites, avant que les insurgés ne fassent subir le même sort aux châteaux de St Maurice, Clessé, Péronne et Montbellet. Ceux de Lugny et Senozan furent livrés aux flammes.

L'attelage entre dans la cour du château et s'arrête près de la statue équestre en argent massif datant de la période gallo-romaine. La place forte se dresse solide et majestueuse. La cour intérieure est située au pied des tours du flanc sud. Trois tours robustes et circulaires qui résisteront à l'assaut du temps et des hommes, contrairement aux trois autres qui ne seront plus visibles à l'époque contemporaine.

Sur la toiture en lauze d'une des tours du château, une statue de chien en pierre, surplombe l'édifice. La comtesse se souvient grâce à ce symbole, du vœu de fidélité qu'elle a fait à son mari, parti en croisade pour la Terre Sainte, il y a un an. Promesse qu'elle honorera quatre ans plus tard, lors de l'annonce de la mort de ce dernier (1239) en vendant ses comtés au roi de France pour entrer en religion jusqu'à la fin de sa vie (1260).

La comtesse relève le bas de sa robe et monte les quelques marches qui lui permettent d'entrer dans son château. Un domestique ouvre la lourde porte en bois et prévient sa maîtresse, que certains de ses invités sont déjà arrivés. Elle avance dans l'entrée où se trouvent de part et d'autre des serviteurs venus l'accueillir.

 La comtesse Alix fait partie de la prestigieuse lignée de l'incontournable duché d'Aquitaine, lié à la couronne de France (Guillaume 1er, duc d'aquitaine est à l'origine de la fondation de Cluny). Elle est de ces femmes puissantes et influentes qui ont marqué leur temps à l'image d'Aliénor d'Aquitaine, Marie de France ou encore Jeanne D'Arc dont une statue est située dans le bois derrière le château de la Bruyère.

 Cet après-midi, le château accueille de nombreux invités pour une réception. Comme à son habitude, la comtesse Alix aime convier ses amis mais aussi des savants, des auteurs, des troubadours, des poètes..., qu'elle côtoie mais dont elle est aussi la protectrice et la mécène.

  A cette époque, les châteaux, sous l'influence des femmes, n'ont plus uniquement une fonction ostentatoire liée à l'affirmation de la puissance et de la richesse. Ils deviennent de véritables lieux d'échanges, de culture et d'émulation.

La comtesse passe près de la salle principale où un grand feu de cheminée éclaire et réchauffe la pièce. Sur des tabourets ou à même le sol, des troubadours font sonner leurs violes, bombardes et autres clavecins, emplissant l'atmosphère rustique d'une douce ambiance musicale.

Tout près d'eux, des poètes déclament à tour de rôle des vers, nés de leur inspiration, devant un public de dames attentives et passionnées.

Au fond de la pièce, on distingue une ouverture sombre, qui laisse apparaître un escalier en colimaçon et l'intérieur d'une des tours du flanc sud.

De temps à autre, en tendant l'oreille près de la paroi, on peut entendre de légers bruits provenant des oubliettes, dont juste une minuscule ouverture est visible à l'intérieur de la tour.

 Cette même tour a sûrement permis un jour, de sauver les vies des seigneurs de ce château, grâce à des passages creusés dans la paroi. Aujourd'hui comblés, ils permettaient de grimper pour rejoindre le haut de la tour où un chemin reliait directement la tour de Guet.

Peut-être ont-ils servi au « Sieur » de Labletonnière, pour fuir les conflits, à l'époque de la révolution française. Ce seigneur était en mauvais termes avec les habitants d'Igé, car il avait fait bâtir autour d'une source, dite publique et commune, une grille pour en interdire l'accès.

 Avant de se joindre à ses convives, la comtesse s'assure que le banquet est prêt. Elle fait volte face et se rend dans la salle, que l'époque contemporaine baptisera « la salle rouge ».

La grande table y est dressée avec une nappe blanche et au centre de la table, se trouve le plat principal dans une grande coupe sur pied. Les aliments sont posés sur des tailloirs, larges tranches de miches de pain qui absorbent le jus. Les seuls couverts présents sont quelques couteaux et cuillères pour se servir, sans oublier les cruches et les pichets de vins, déjà, spécialité locale.

Soudain, un des serviteurs demande à la comtesse de pouvoir s'entretenir avec elle à l'écart des invités. Il lui signale que des bruits suspects ont été entendus en provenance des douves du château.

Bien sûr, personne ne sait exactement de quoi il s'agit mais tous les domestiques ont une idée sur la question, car depuis toujours, les légendes vont bon train sur les souterrains du château.

 Ces larges fossés, remplis d'eau au départ pour former un obstacle contre les attaques des fortifications, ont été la source d'inspiration des plus folles histoires. Dame blanche, prisonniers emmurés, monstres aquatiques, créatures maléfiques...

 La comtesse ne croit pas à toutes ces histoires. Elle pense plutôt que des animaux ou encore des branches sont responsables de ces affabulations. Elle fait appeler son jardinier et lui demande de procéder à l'entretien des douves. Ces protections nécessitent une attention constante pour curer les fonds et les débarrasser des débris qui pourraient en faciliter le franchissement.

La comtesse convie ensuite ses invités à se restaurer. Et la soirée va bon train au rythme des chansons, poèmes et autres débats culturels, pour se finir jusque tard dans la nuit...

 Le récit le plus contemporain et le plus plausible, est la présence de pièces d'artillerie utilisées par des fantassins, pour reprendre Mâcon aux Autrichiens en janvier 1814.

Ces deux canons seraient ensuite retournés à Igé après le départ des troupes alliés. Il serait intéressant de savoir ce qu'ils sont devenus...

 Aujourd'hui hôtel de haut standing et restaurant gastronomique, le château d'Igé a vu passer des siècles de changements et d'évolutions. Pourtant, en plein cœur du XXIème siècle, à l'heure où le groupe Georges Blanc veille sur ce monument historique, la place du château n'a jamais été aussi proche, du rôle qu'il a eu tout au long de son histoire.

On perçoit souvent ces bâtisses comme des places fortes, symbole de puissance et de conflits.

Pourtant, l'opinion répandue qui veut que les châteaux aient essentiellement eu une signification militaire, est radicalement contredite par la réalité des faits.

Leur fonction première était davantage liée aux affaires économiques et administratives. Le château du village était avant tout un pôle économique qui permettait l'essor des ressources et l’utilisation de la main d’œuvre locale.

  

Sources : Katy Bernard Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3