La Chapelle de Domange

Mentionnée dès l’an 953 dans une charte de Cluny, elle a été classée monument historique en 1938.C’est une étape touristique dans le circuit des églises romanes du Mâconnais.

 La première église paroissiale de la commune d’Igé a été construite à Domange (Villa Dominica) par les religieux bénédictins de Cluny dans la dernière moitié du XIème siècle. L’achèvement en fut fait par Thibaud de Vermandois, XVe abbé de l’Ordre, qui en fit poursuivre les travaux.

 Ils construisirent vers la même époque(1180) en face de l’église de Domange, une maison d’habitation pour le curé –moine qui serait désigné pour le service de cette nouvelle paroisse.

L’église de Domange porte avec elle le caractère indéniable de l’époque de sa construction.

 Le chœur et le clocher, bâtis par les moines ont une élégance et une richesse relatives. Le chœur est constitué par une abside en hémicycle avec fenêtres ébrasées en plein cintre : celle du fond a 60 cm de largeur et les deux autres 40 seulement. Elles ont toutes 1m de haut.

Il y a en outre un système de 7 arcatures, dont trois seulement correspondent aux fenêtres ; elles sont figurées par un tableau en saillie de 20cm. Six colonnes avec chapiteaux sculptés à feuilles d’eau et bases les supportent.

 Il est à remarquer qu’un chapiteau et une base ne sont pas sculptés.

 La fenêtre du chœur, au fond, n’est pas dans l’axe de l’église, comme dans toutes les constructions anciennes qui appliquaient aux monuments religieux cette parole de l’Ecriture sainte : « et inclinato Capite, emisit Spiritum ».

La calotte de ce chœur est voûtée en pierres en forme de cul-de –four. Elle était primitivement peinte à dessins romans rouges sur fond jaune.

 Aux environs de 1410, noble Antoine de Villecourt, écuyer, seigneur de Chabotte, et sa femme Marguerite de Charost, firent construire au midi de l’église de Domange, dans le cimetière, une chapelle latérale sous le vocable de Notre Dame de la Pitié, communiquant par une arcature avec le chœur de l’église avec vue du prêtre à l’autel par une ouverture oblique. Pour exécuter ce travail, il fallut percer le mur de soutènement du chœur, au sud. On construisit alors une arcature ogivale selon le type du temps. La voûte fut à arceaux croisés, avec écussons au sommet et à la retombée des nervures. On consolida l’arc du chœur en plein cintre par un arc ogival de moindre épaisseur.

 Le châtelain pouvait, de sa place, par la voûte oblique, suivre l’office.

Une grille en bois séparait cette chapelle de l’église. Pour pénétrer dans la chapelle, une porte ornée des armoiries du fondateur existe encore sur le cimetière.

A droite de cette entrée se trouve une sorte de niche, incluse dans l’épaisseur du mur intérieur appelée « piscine liturgique ». Elle était destinée à recueillir et écouler l’eau utilisée pour le rituel de purification.

Le caractère sacré de cet endroit amenait semble t’il  bon nombre de gens à rechercher des aspects miraculeux. Ainsi, les marques que l’on peut constater sur les pierres seraient dues aux grattages effectués pour obtenir une poudre à mettre dans le biberon des enfants malades. A d’autres endroits, les pierres auraient été utilisées pour l’aiguisage des outils des paysans afin de favoriser les récoltes.

 Des réparations furent faites à cette église par les religieux de Cluny vers 1753.Ils mirent sur les murs un badigeon bleu de ciel.

 Le clocher dont chaque face est percée d’une double baie à plein cintre, avec colonne au milieu, est soutenu, à partir du mur de la nef, par 4 arcatures ogivales noyées dans le mur. C’est bien le caractère du style roman de transition qui mélange déjà l’ogive au plein cintre.

 La nef est sans ornement. Elle a 14m de longueur sur 6m de largeur. Elle a été, comme toutes celles des campagnes, entretenue par les paroissiens. Le clocher, le chœur et le sanctuaire l’étaient par les abbayes et les seigneurs, fondateurs ou protecteurs des églises, ce qui explique la pauvreté et la nudité des nefs des campagnes et la solidité de l’ornementation des chœurs et des clochers.

La nef prenait un jour douteux par trois misérables meurtrières évasées seulement à l’intérieur, de dix centimètres de largeur sur quatre vingt dix de hauteur.

Elles ont été remplacées en 1866, par quatre fenêtres, dans le genre de celles du chœur avec vitraux en grisaille.

 Au fronton de la porte d’entrée figurent les symboles « alpha et oméga » : le début et la fin qui sont aussi les première et dernière lettre de l’alphabet grec.

On peut remarquer que plusieurs portes d’accès ont été fermées au fil des siècles. Pour celle du sud, on peut admettre un accès vers un cimetière. Au nord, le déplacement des accès suggère des fonctions différenciées avec l’entrée des fidèles par exemple, et des personnes privilégiées.

 L’église de Domange a été paroissiale jusqu’à la construction de celle d’Igé au XIVème siècle.

A cette époque, il se fit un accord entre l’évêque de Mâcon, l’abbé de Cluny et le seigneur de la Tour-Mailly, protecteur de la nouvelle église bâtie à Igé au milieu d’une population assez importante venue se grouper autour du château.

Il fut convenu que le siège de la commune serait Igé avec résidence du curé.

Les églises sont toujours restées propriété de la commune.

 La chapelle de Domange a été classée « monument historique » en 1938, il fallut l’autorisation des Beaux Arts pour la restaurer en 1971.

La cave coopérative des vignerons d’Igé loua les locaux à la commune pour en faire un caveau de dégustation et un musée de la vigne et du vin.

 En 2001, la toiture étant devenue défectueuse, le caveau fut fermé, la municipalité étudia un projet de restauration qui se réalisa courant 2006/2007, sous la supervision de Monsieur Frédéric Didier, Architecte en chef des Monuments Historiques : restauration des couvertures en laves et travaux de drainage au sol.

 En juin 2010, cette chapelle est devenue le 148ème  « Site Clunisien » et fait partie du Grand Itinéraire Culturel du Conseil de l’Europe.

 Depuis 2008, l’Association « Au chœur de Domange »fait revivre ce site comme lieu culturel en organisant concerts et expositions.

 

 Sources : Annales d’Igé en Mâconnais  Tome I

              Dossier documentaire  Direction de l’architecture et du Patrimoine 2008

              Frédéric Didier  Architecte en chef